Pict-CDC005.jpgC’est une histoire de téléphone, tellement banale. Il y a bien longtemps, ce téléphone sonnait, chez les uns et les autres. Puis il a un peu moins sonné. Puis le temps, les alibis, le manque de temps et d’autres alibis… ce fichu temps a mis de plus en plus de temps à faire sonner le téléphone. Il sonnait de temps en temps puis plus rarement…

Puis le téléphone est tombé dans la gamelle du chien, ou a fait un plongeon dans le Bassin d’Arcachon. Changement de téléphone. Plus besoin d’alibis. Les numéros sont perdus. Et le temps passe. Inexorablement. Plus ou moins vite, plus ou moins lentement.

Alors bien sur, nous pensons aux uns et aux autres… Chaque mois, aux « nouvel an », en parlant des « bons moments » ou du « bon vieux temps ». Mais nous avons tous les alibis pour ne pas chercher le numéro… en se disant « on a le temps, on le fera plus tard ».

10 ans passent.

Trois appels en absence d’un numéro inconnu. C’est il n’y a pas longtemps, à peine quelques jours. Je n’ai pas décroché faute de temps. Ou avec un autre alibi, je ne sais pas. Je vois bien que ce numéro insiste, mais je vois aussi qu’il ne laisse pas de message. La quatrième fois, ce numéro s’affiche. Me voilà prête et bien décider à éconduire l’imposteur qui me prend du temps au téléphone sur la route du retour du Pyla. Surement un gus qui veut me permettre de réduire mes impôts ou ma facture d’énergie.

C’est mon vieil ami, A. Passé le moment de surprise, je reconnais malgré tout ce temps un ton grave. Il va droit au but. Sa femme C. mon amie C. Celle que je lui ai présentée il y a longtemps vient de décider de nous quitter. Elle est partie. De la plus tragique des manières.

Il n’y a rien à dire. Et plus rien à faire. La peine nous envahit. la colère aussi. Les 10 ans sont passés, perdus… Sauf que là, il me reste mon samedi pour faire un aller-retour en Isère. Je n’aurai pas d’alibi, je ne manquerai pas ce moment, le temps ne compte pas. Il y aura plus d’heures de train que d’heures de présence, mais chaque minute compte double, triple ou n’aura pas de prix. Je serai là.

Puis retour à Carrières. Que faire ? Appeler…ne pas appeler ? Comment être présente après 10 ans de silence sans pénétrer dans une amitié qui a survécu sans preuve de vie… Comment dire « ne perdons plus de temps » quand je n’ai pas su être là quand il le fallait…

Quelques échanges plus tard nous passons un deal : j’appelle… tu décroches si tu peux et si tu veux. Je ne prendrai pas ton silence pour un rejet. J’insisterai autant que je voudrai. Et toi tu as le droit d’appeler quand tu veux… mais on ne laisse pas le silence s’installer.

Et je passe un deal avec moi. Garder les liens… ne pas perdre 10 ans. Savourer la présence de ceux que j’aime. Privilégier chaque instant. Donner et prendre des preuves de vie… tant qu’il est temps et sans avoir besoin d’alibi. Ne pas laisser le téléphone silencieux. Ne pas laisser le silence prendre le pouvoir.

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